Où dormir aux Canaries ?
Un récit de voyage raconté par Pascal Bouchet — Travel Designer, Voyage avec Vue
- Mis en ligne 10/2026
Les plus beaux hôtels et adresses confidentielles, île par île
Où dormir aux Canaries ? La question paraît simple, elle ne l’est pas : chaque île de l’archipel a son caractère, et la bonne adresse dépend moins d’un classement que de ce que l’on vient chercher. Sur quelle île dormir ? À Ténérife pour les haciendas du nord, à Lanzarote pour ses maisons de lave et d’artistes, à Fuerteventura pour son caractère rural, à Gran Canaria pour sa montagne, à La Palma pour la verdure et la discrétion, à La Gomera pour ses forêts de brume, à El Hierro pour le sentiment d’être au bout du monde.
Les plus beaux hôtels des Canaries ne sont pas toujours ceux que l’on voit partout. Ce sont souvent des maisons qui ont une histoire : une demeure de 1690 devenue galerie d’art, une ancienne sucrerie aux murs couverts d’œuvres, un entrepôt de port reconverti en plus petit hôtel du monde. Ce sont ces adresses que je rassemble ici, avec pour chacune le détail qui change tout : une légende, un objet, une anecdote qui donne envie de pousser la porte.
Un mot de transparence, parce qu’un article de référence doit dire d’où il parle. À Ténérife, j’ai dormi dans deux haciendas, et je vous raconte ce que j’y ai vécu. Pour toutes les autres îles, ce sont des adresses que j’ai repérées, étudiées et gardées en tête pour mes voyages, sans y avoir encore passé la nuit.
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Ténérife : les deux maisons où j’ai dormi
Pour dormir à Ténérife autrement, j’ai choisi le nord de l’île, à l’opposé des grands complexes du sud. À la Hacienda Cuatro Ventanas, demeure canarienne du XVIIe siècle à deux pas de la plage de sable noir d’El Socorro, les plafonds montent à six mètres et la piscine à débordement en marbre vert domine la côte, avec un coucher de soleil face à La Palma. Quelques kilomètres plus loin, près de Puerto de la Cruz, la Hacienda Los Orovales réserve une surprise : une maison de campagne néo-gothique anglaise plantée au milieu des bananiers, avec le Teide d’un côté et l’Atlantique de l’autre. Deux maisons, deux histoires, que je raconte en détail dans Ténérife autrement : 8 jours pour découvrir l’île.
Lanzarote : trois maisons, un même volcan
Palacio Ico : la maison des colonels et de l’artiste
À Teguise, ancienne capitale de l’île, une demeure de 1690 a été reconnue par le gouvernement des Canaries comme l’un des rares hôtels emblématiques de Lanzarote. Elle a logé les colonels de Fuerteventura, avant de devenir le refuge de l’artiste suisse Heidi Bucher. Ce passé se lit encore dans la maison : neuf chambres seulement, dont cinq suites, et des allures de galerie d’art, avec des œuvres de l’artiste elle-même. La table a de plus décroché un Sol Repsol.
Casa de Hilario : l’ermite et son volcan
Près de Yaiza, une bâtisse du XVIIIe siècle aurait appartenu à un ermite nommé Hilario, seul être humain resté dans la région après les éruptions de 1730 à 1736. Les récits varient : dans une autre version, Hilario et son chameau comptent parmi les premiers colons de Lanzarote. Une chose ne varie pas : depuis les balcons, on domine l’épicentre de ces éruptions, devenu le site le plus visité de l’île. Les voyageurs parlent aussi de José, le propriétaire, guide précieux pour explorer l’île.
Finca Uga : quand tout le village faisait ses courses sous un seul toit
Uga est un village que la lave a en partie enseveli le 16 décembre 1730, selon le journal du curé Andrés Lorenzo Curbelo. Un siècle et demi plus tard, une maison austère y a été bâtie au début du XXe siècle, recensée en 1923. Elle a longtemps abrité « Los Grandes Almacenes », seul commerce de Tías à Playa Blanca d’après les anciens du village : on y trouvait de tout, des tissus à l’alimentation, jusqu’au carburant. Ses propriétaires aimeraient la voir classée bien d’intérêt culturel. C’est une casa rural de quelques unités plutôt qu’un hôtel, ce qui fait aussi son charme.
Fuerteventura : le caractère de l’intérieur
Hotel Rural Mahoh : une ruine rachetée, un nom qui veut dire « ma terre »
À Villaverde, dans le nord de l’île, une maison paysanne de pierre volcanique et de bois remonte au début du XIXe siècle. Elle était en ruine quand ses propriétaires actuels, Tinín Martínez et Zaragoza Estévez, l’ont rachetée en 1999, avant de l’ouvrir aux voyageurs en 2002 : c’est le premier hôtel rural du nord de Fuerteventura. Son nom, Mahoh, serait d’après la maison le plus ancien nom connu de l’île, et se traduirait par « ma terre, mon pays ». On ne pouvait pas mieux choisir pour une adresse qui défend l’île d’avant les plages.
Gran Canaria : la montagne plutôt que la côte
Fonda de la Tea : l’auberge qui a dormi cinquante ans
À Tejeda, au cœur de la réserve de biosphère de Gran Canaria, une ancienne auberge du XIXe siècle domine la vallée. Elle est restée fermée près d’un demi-siècle avant de rouvrir en hôtel rural, avec son patio canarien où l’eau et l’ombre invitent à la lenteur. Ici, on vient pour les montagnes, pas pour les plages, et c’est ce qui fait l’intérêt de l’adresse sur une île que l’on réduit trop souvent à ses stations balnéaires.
La Palma : la plus verte
Hacienda de Abajo : les premiers bananiers de l’île
Depuis la piscine de Cuatro Ventanas, j’avais regardé le soleil se coucher face à La Palma. À Tazacorte, une ancienne hacienda était au XVIIe siècle la sucrerie la plus riche et la plus ancienne de l’île. L’hôtel affirme que les premiers bananiers de La Palma ont été plantés dans son jardin clos en 1613, importés d’Amérique du Sud. Les murs, eux, portent plus de 1 300 œuvres d’art, dans les parties communes comme dans les chambres. C’est davantage une maison de collectionneur qu’un hôtel. L’établissement est réservé aux adultes et compte 32 chambres.
La Gomera : hors des radars
Parador de La Gomera : une maison neuve qui sait raconter les anciennes
Surprise : ce parador date de 1972. Perché à 60 mètres au-dessus de San Sebastián, il s’inspire des grandes demeures coloniales de la noblesse insulaire, et son décor évoque le passage de Christophe Colomb en 1492. La piscine regarde l’Atlantique, avec le Teide en toile de fond. En ville, Colomb a quitté La Gomera le 6 septembre 1492, et la Torre del Conde, où Beatriz de Bobadilla s’était réfugiée en 1488, aurait vu naître leurs amours, si l’on en croit la rumeur. Reste l’île elle-même, son parc de Garajonay et son langage sifflé, qui permet de communiquer d’une montagne à l’autre.
El Hierro : le bout du monde
Hotel Puntagrande : le plus petit hôtel du monde était un entrepôt
Tout commence en 1830, quand le port de Las Puntas était l’un des principaux liens de l’île avec l’extérieur. Le bâtiment était alors un entrepôt commercial, planté sur une langue de roche volcanique qui s’avance dans l’Atlantique. Il est aujourd’hui inscrit au Guinness comme le plus petit hôtel du monde. Les chambres n’ont pas de télévision, pour laisser toute la place au bruit des vagues. Les murs de pierre brute sont couverts de compas, de cartes et de plaques d’immatriculation de bateaux, et des tables de chevet sont taillées dans des hublots. Il a reçu une Clé Michelin en 2025.