l'Ile d'Oléron, nature avec un grand N - Voyage avec Vue

Si pour vous nature s’écrit avec un grand N, bienvenue sur l’Ile d’Oléron.

Un récit de voyages en Charente-Maritime avec Pierre-Étienne Vincent

© Pierre-Étienne VINCENT

Pas moins de 175 km2 en font la seconde plus grande île française après la Corse. On la sillonne de dunes en forêts, de chenaux en écluses, de chemins nombreux en villages typiques, de vignes en salines, sans jamais se lasser de l’air marin omniprésent et des jeux du vent qui rythment les marées et la vie quotidienne des habitants.
84 % de la surface de l’île d’Oléron est inscrite en site classé et Natura 2000 en est un label prestigieux où dunes et forêts littorales sont des espaces nature d’une grande fragilité et nécessitent une protection importante. Les dunes aux courbes sensuelles jouent un rôle essentiel en absorbant l’effet de la houle et en protégeant les oléronais de l’océan atlantique capricieux.
La mer y livre quotidiennement des assauts tempétueux durant l’hiver ou en période de fortes marées.

Si les forêts de Saint-Trojan-les-Bains, Saumonards ou Domino couvrent 12 % de sa superficie, l’île au 11ème siècle a subi la disparition de sa forêt dunaire, suite à un déboisement incontrôlé. Chênes verts et pins maritimes qui animent aujourd’hui l’horizon sont là pour protéger notre île du bon vouloir de l’océan.

Voici en peu de mots le décor planté et je vous propose de mettre vos pas dans les miens à la rencontre des oléronais passionnés qui sont les garants de savoir-faire, de traditions, des passeurs de belles histoires, des tombés en amour pour cette île lumineuse dont ils sont les acteurs et les protecteurs.

Rencontres plein vent et pleine mer

Jean-Baptiste Bonnin m’attend ce matin sur l’estran de la plage de Gasteau.

L’homme me séduit immédiatement par son calme, sa bonhommie rassurante et sa simplicité. Il préside aux destinées de l’association IODDE qui depuis15 ans s’applique à responsabiliser, éduquer, informer le grand public, tout comme leurs élus sur la nécessité de regarder sur le long terme l’évolution, la gestion et la protection de la nature.

Enfant, Jean-Baptiste parcourait les plages, balades propices à des découvertes et à une relation intime.

Licencié en Sciences naturelles, il défend avec ambition son territoire nature.

Grâce à IODDE et à de très nombreux bénévoles, d’année en année les touristes sont informés de la fragilité de l’environnement.

C’est dorénavant uniquement 2% des pêcheurs à pied sur l’estran (l’estran est la partie entre la dune et la mer quand celle-ci se retire, quelques fois jusqu’à 4 km) qui ignorent encore les principes élémentaires de cette pratique. Ainsi, grâce à l’ingénieuse petite réglette qu’ils ont créée, les pêcheurs peuvent prélever à l’aide de côtes et tailles prédessinées, uniquement ce qui est autorisé. Couteau, telline, étrille, oursin, praire, araignée, tourteau, palourde… sont ainsi respectés et protégés. On y apprend aussi à contrôler les quotas, ne pêcher que ce que l’on va consommer… ne pas retourner les pierres ou prélever les coquillages.

Un travail en amont de longue haleine qui permet aux touristes et pêcheurs occasionnels ou habitués de penser, non pas individuellement mais collectivement. « Pêcher intelligent, pêcher durablement »

Mais l’estran c’est aussi l’observation et Jean-Baptiste me fera découvrir sa passion pour les limicoles, ces oiseaux qui aiment la vase, comme  le bécasseau, le pluvier, les courlis, les échasses, mais aussi le héron garde-bœuf et le crabier qui quelquefois  aiment à investir les  lieux. La réserve de Moëze Oléron est par exemple une vasière remarquable, très peuplée.

Notre ami a une passion particulière pour la primordiale « laisse de mer » qui est l’accumulation de débris naturels ou d’origine anthropique déposés par la mer quand celle ci se retire. La laisse de mer ralentit l’érosion littorale et favorise la formation de dunes et nourrit dans le même temps la faune littorale.

Mais parler de l’estran et des dunes sans dire un mot sur la flore serait réducteur car ici, le chiendent des dunes, le liseron, les euphorbes marines … participent tout autant aux cycles immuables de la nature. Que de belles initiatives dans l’apprentissage de comportements  écologiques qui, IODDE l’espère, perdureront au delà d’un séjour sur l’ile. Des criquets aux ailes bleues et un lézard ocellé me raccompagneront par des chemins de traverse vers l’intérieur des terres au coeur de la forêt de Saint-Trojan-les-bains.

Direction le Port des Salines à la rencontre d’un saulnier

© Pierre-Étienne VINCENT

Ici, avant les fameuses huitres, la richesse était le sel, né de l’alchimie de l’océan, du vent, du soleil et du vent. Au 17 ème siècle, c’est un tiers de l’île qui était occupé par des marais salants. Le sel du Port des Salines provient du marais salant qui entoure la Salorge, espace vente dédié au sel dans toute sa diversité. Le sel est récolté à la main sur les aires saunantes,et ne subit aucun lavage, aucun traitement chimique et aucune adjonction. Il est 100 % naturel, non raffiné. C’est un véritable sel de terroir.

À la Salorge, on récolte la fleur de sel et le gros sel de mi-juin à mi-septembre. Patiemment cueillie à la »lousse », la fleur de sel est le must des sels. Quant au sel marin ou gros sel, il possède ici une teinte atypique jaune doré due à la couleur de l’argile sur laquelle il se dépose. C’est avec Marie Duverger, la responsable de cette « Echappée nature » et de l’animation du lieu pour le Musée et le Patrimoine, que j’embarque pour une promenade en barque, à travers les chenaux à la découverte de la faune et de la flore du lieu. Marie me fera découvrir les plantes halophytes comme l’obione et la salicorne, surprenante expérience gustative. Au-dessus de nos têtes et des bassins en escalier volent le héron cendré, les échasses blanches et gracieuses, les aigrettes garzettes.

Le Port des Salines est à vivre en famille et l’écomusée est là pour vous apprendre d’une façon ludique et formidablement mis en scène, l’univers des marais et du sel. Remarquable. À midi, ce sera pique-nique au coeur des salines, avec les produits frais des Pêcheries de la Cotinière ; une mise en bouche réussie des saveurs oléronaises.

Pour ma première nuit d’insulaire c’est à La Perche aux Poissons, que Michel et Véronique m’accueillent au centre du village de Saint-Trojan-les- Bains. Ils y ont restauré avec beaucoup de goût la maison familiale. Tout y est parfait, la déco inspirée de la mer, les délicieux petits-déjeuners maison et je dois dire que les cannelés et confitures de Véronique sont une vraie réussite.

Une bulle de calme avec piscine et bar extérieur, accueil extrêmement chaleureux. Michel, qui est une mine de renseignements, veille à tout et me prêtera un vélo à disposition des hôtes, pour mon premier matin. Je parcourrai ainsi le joli quartier balnéaire aux villas classées « Belle époque » témoins de la naissance des bains de mer du début du XX ème siècle.

À Oléron, l’habitat en dehors de ces demeures d’exception, est particulier et une visite s’impose à la Maison Eco-Paysanne de Grand-Village-Plage où Lucie Waels vous parlera d’architecture traditionnelle, habitat durable au fil d’un parcours et d’une visite passionnants et instructifs. J’y apprends que les maisons d’alors étaient de pierre, bois et sable, basses et regroupées avec des toits peu pentus pour se protéger des vents dominants. Il y a, je le perçois depuis mon arrivée, une véritable identité oléronaise dans cette île à énergie positive dont on retire aujourd’hui encore beaucoup du bon sens des anciens.

Même Pierre Loti à choisi Saint-Pierre d’Oléron et la maison aux volets verts, pour y être enterré à l’abri du vent entre la myrte et le palmier. Il y ressentait un bien-être certain. Retour vers le Port-de-Salines pour un déjeuner dans une ancienne cabane ostréicole : le Relais des Salines qui m’a régalé de produits iodés d’une fraîcheur absolue. Arnaud Giron s’amuse avec des huitres chaudes à la fondue de poireaux tout comme avec le poulpe confit ou encore la raie poêlée savoureuse.

Île gourmandise, Île plaisir

Mais qui dit découvertes gustatives dit vin. Direction Saint Gilles.

Fréderic Coulon, 4 ème génération, m’attend en son domaine. Si, avant ma venue sur l’ile je n’aurais imaginé trouver de la vigne, mon hôte me rappelle que l’île est avant tout agricole et vit depuis des générations du vin.

Chez les Coulon et fils on produit sur 34 hectares de vignes un vin de pays charentais sous l’appellation « Ile d’Oléron ». 50 % des vignes sont en Cognac, 17% pour le fameux Pineau des Charentes.
Les cépages de prédilection restant l’Uniblanc, le Colombard, le Sauvignon blanc qui sur un terroir plutôt sablonneux et calcaire en profondeur produisent des vins à la vraie personnalité.
Sur le domaine, on adopte des pratiques agronomiques douces qui révèlent toute la typicité de ces terroirs.

Je reprendrai la route par la plage des Saumonards, non seulement car celle-ci est agréable comme tous chemins et routes ici, mais aussi pour avoir une vue imprenable sur le fameux Fort Boyard.

Le long de la route des huitres, il faut s’arrêter au Port de La Baudissière avec ses petites cabanes d’artistes colorées. Pittoresques à souhait, elles sont l’image parfaite de l’ostréiculture traditionnelle et si quelques-unes sont dédiées aux artistes, d’autres conservent une activité ostréicole. Un espace naturel façonné par l’homme qui s’étend au delà du chenal, dans les claires d’affinage et le long d’un estran vaseux qui respire la quiétude. Un stop gourmand chez Mamelou, au bord du chenal, est un passage obligé. On y vient pour ses huîtres et son « églade » divine.

Poursuivant ma route je me dirige vers le Château d’Oléron où m’attend une belle rencontre pour une visite hors norme de cette citadelle aux remparts incroyables de conservation. Philippe Couteau, connu sous le sobriquet de Bilout, est un conteur fabuleux. Sous le personnage de Vauban, il présente à travers ses textes l’histoire des lieux.
Comédien, humoriste, saltimbanque, conteur, poète assurément, il est surtout passionné par l’histoire de son île.

Mon déjeuner au restaurant La Courtine sera à la hauteur de sa réputation. Face au petit port j’y mangerai les meilleurs couteaux de ma vie. Une poêlée de couteaux à l’ail c’est si rare ; c’est frais, c’est simple, tout en goût, comme cette cocote de maigre, coquillages et petits légumes. Halte plaisir assurée.

Fort-Royer, paradis de l’huitre

© Pierre-Étienne VINCENT

Niché dans sa réserve naturelle, le lieu est un authentique, coloré et dynamique village ostréicole. Entre claires et chenaux, cabanes en bois traditionnelles et pimpantes, se posent dans un décor aquatique de vasières ou langues sableuses. Nous sommes dans la réserve de Moëze-Oléron avec ses 285 espèces d’oiseaux qui sont plus de 80 000 en automne et en hiver. C’est ici le royaume des paysans de la mer ou, si vous préférez, des ostréiculteurs. Ils ne sont plus que 8 aujourd’hui.

Je déambule au milieu des cabanes colorées gaiement souvent grâce aux restes de peinture utilisé par les marins pour peindre leur bateau. La vie de l’huitre n’est pas du tout un long fleuve tranquille, pour l’ostréiculteur, non plus. Il serait trop long d’expliquer le parcours d’un « naissain » (larves issues de la production des huitres ), mais sachez qu’il se passe entre 1 an et 1 an et demi avant que ces larves deviennent huitre.

La « femme de cabane » qui manie le démanchoir va ainsi séparer, trier et calibrer les huitres prélevées. Vient alors le placement dans les pochons qui passeront 4 longues années en mer en étant remués chaque mois et demi maximum. Mais auparavant l’huitre devra se méfier non seulement des aléas climatiques mais aussi et surtout de la gourmandise du crabe enragé, de l’huitre pie qui ouvre l’huitre, du goéland, de la raie qui la broie … aléas qui sont responsables d’environ 50 % de perte.

Si l’huitre de pleine mer est iodée et reste en mer, la Fine de claire, la Spéciale de claire ou la Pousse en claire vont passer  en zone géographique protégée dans un champ de claire pour leur affinage.

Là, l‘huitre se régale, se gave et reste la bouche ouverte pour continuer à se nourrir. Une claire c’est comme un petit palace pour l’huitre, un bouillon de culture naturel, de plancton où la soude, l’obione et la salicorne produisent un échange gazeux bénéfique. Une traçabilité totale pour une huitre royale. Mais les huitres Marennes-Oleron ne peuvent-elles pas s‘enorgueillir de 2 Label rouge ?

Plein vent, plein air, authentique, généreuse, sauvage, la bien nommée « lumineuse » est un somptueux bout de terre au milieu d’un archipel charentais.

Evelyne, passion chevillée à l’huitre, spécialiste incontestée et maîtresse des lieux, accompagne soit les visites soit la dégustation organisées et y livre ses conseils avisés.

Ce soir, c’est à Vents et Marées que je pose mes valises. un lieu enchanteur à  La Biroire, proche de Saint-Pierre d’Oléron et où Marie, styliste dans une autre vie parisienne, a insufflé à cette ancienne ferme d’exploitation agricole, un esprit Coté Ouest

La « gâche », tendre brioche charentaise, sera une découverte. Accueil parfait, silence assuré dans ce village considéré comme le plus ancien de l’île. Ce soir c’est découvertes et plaisirs avec Saveurs des Iles chez Cécile et Patrick Daudu, un grand chef qui s’ignore peut-être encore trop.

90 % de ces produits viennent d’Oléron. Les cuissons sont parfaites et maîtrisées.  Allez-y car ce chef est une vraie découverte et l’accueil de Cécile sa femme est à la hauteur de sa cuisine, chaleureux et spontané. Ce couple fait du bien à votre gourmandise.

Faisant suite à une très matinale balade dans la fraîcheur oléronaise, je file vers le Port de Saint-Denis d’Oléron, non sans faire halte dans les 2 villages magnifiques : La Menounière et Chaucre, fleuries de roses trémières.

Le Lola of Skagen trône sur le port. Jean-François, avec qui j’ai rendez-vous,  est capitaine et propriétaire de ce voilier magnifique construit en 1919 et qu’il a acheté et rapporté du Danemark en 1994.

Vous pouvez y faire des croisières, des stages « Astro et navigation à l’ancienne » « Matelotages et savoirs marins ». Jolis instants d’une rencontre d’un passionné au long cours.

Chassiron est à quelques encablures de là. Juché sur une falaise rocheuse, situé à l’extrémité nord de l’île, c’est l’un des plus vieux phares de France, édifié sous Colbert en 1685. Après avoir monté les 224 marches qui mènent au sommet (46 mètres plus haut) un panorama exceptionnel sur 360 degrés s’offre à vous. Un interessant musée y retrace la vie des marins, paysans de la mer. Je vous conseille d’emprunter la route des Huttes, toutes fenêtres descendues, afin de vous enivrer de l’air iodé et de la brise marine qui, sur cette toute petite route de bord de mer, vous ravira.

À l’approche de Boyardville j’ai un dernier rendez-vous avec Marie de Aloha Canoë qui, si vous souhaitez mieux connaître la faune et la flore, vous propose de naviguer au fil de 15 km de chenaux qu’elle connait si bien. Une balade ludique en canoë ou stand-up paddle, rythmée par les courants des marées. Ce Royaume des marais fonctionne grâce à de petites écluses appelées « varaignes » qui gèrent intelligemment le niveau de l’eau.

Les marais non drainés sont ici des réserves riches en alimentation pour les oiseaux et donc un lieu propice aux nidifications et c’est pas moins de 150 espèces qui y sont recensées. Incontournable expérience nature en toute décontraction et accessible à toute la famille.

Avant de rejoindre, pour ma dernière nuit, Vents et Marées, je fais une halte au Port de pêche de la Cotinière avec sa flottille aux couleurs vives, le va et vient incessant des bateaux de pêche. 1er port de pêche de Nouvelle Aquitaine et 7 ème port français, ce n’est pas moins de 95 espèces qui passent à la criée chaque année. Depuis déjà de nombreuses années, les pêcheurs de La Cotinière participent à la gestion environnementale des quotas de pêche, pour une pêche plus durable et responsable.

Le long des quais, cafés et restaurants connaissent un vrai succès et sont un bel observatoire de la vie du port.

Décidément cette île enthousiasmante réussit au quotidien, non seulement à faire vivre en accord avec la nature habitants et voyageurs de passage, mais aussi à responsabiliser chacun quant à son implication dans le cadre de la protection de l’environnement.

À vélo sur les 160 km de pistes cyclables à travers marais, vignobles et forêts ou en solitaire pour s’arrêter à sa guise sur une plage, face à la mer et s’enivrer de l’air marin, s’emplir des senteur de pins, filer aux nombreux marchés locaux, échanger encore et encore avec les locaux, découvrir des savoir-faire, expérimenter de  nouvelles découvertes gustatives, poser son regard simplement sur une nature préservée…que de possibilités s ‘offrent à vous !

 

Carnet de voyage pour préparer son séjour à l'Ile d'Oléron

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