Faro, cinq jours à l'intersaison
Un récit de voyages au Portugal avec David Rosemberg
- Récit de voyage et photos David Rosemberg • octobre 2026
Cinq jours à Faro, comme un week-end qui aurait décidé de s’étirer sur la semaine. On y a trouvé une vieille ville en travaux où les façades rénovées côtoient les maisons à l’abandon, des cigognes sur les clochers, des tables de famille où l’on dîne bien pour une vingtaine d’euros et, à moins de deux heures de route, des falaises dorées qu’on longe en bateau jusqu’au coucher du soleil. Le tout loin de l’effervescence de l’été, à ce moment où l’Algarve se découvre tranquillement.
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Faro : sur un air de Porto, il y a quinze ans
On arrive en fin de matinée, et la première chose qui frappe en sortant de l’aéroport, c’est la lumière. Blanche, franche, presque aveuglante sur les murs chaulés. Vingt minutes plus tard, on pose les valises et on part marcher sans but, comme on aime le faire le premier jour.
Très vite, une impression s’installe : celle d’être à Porto il y a quinze ans, quand la ville commençait tout juste à se réveiller. Mêmes échafaudages accrochés aux façades, mêmes maisons aux volets clos qui voisinent avec des bâtisses fraîchement restaurées. Une ville en train de choisir ce qu’elle va devenir.
C’est précisément ce qui la rend attachante. Porte d’entrée du tourisme dans la région, avec un aéroport très bien desservi à moins de trois heures de vol de Paris, Faro aurait pu n’être qu’une zone de transit. Elle a gardé au contraire une allure de petite ville de province portugaise, où les anciens discutent sur les bancs de la place pendant que les cigognes claquent du bec sur les clochers. Et en dehors des grandes vacances, on y circule librement, sans avoir à négocier chaque mètre de plage ou chaque table en terrasse. Les journées sont longues, la mer est bonne, la chaleur reste supportable : l’intersaison, avant ou après l’été, est sans doute le meilleur moment pour la découvrir.
Faro : une ville qui a tout traversé
Faro porte plusieurs couches d’histoire. Cité romaine sous le nom d’Ossonoba, elle vit ensuite plusieurs siècles sous domination musulmane, avant d’être reprise en 1249 par le roi Afonso III, ce qui achève la reconquête du territoire portugais. Pillée par les Anglais à la fin du XVIe siècle, secouée par le grand séisme de 1755, elle devient ensuite la capitale de l’Algarve.
On entre dans la Cidade Velha, la vieille ville ceinte de remparts, par l’Arco da Vila. Sous la voûte, l’air se rafraîchit d’un coup. Au sommet de la porte, un nid de cigognes coiffe le fronton néoclassique, et il n’est pas rare de voir un oiseau immobile, dressé sur une patte, regarder passer les visiteurs. De l’autre côté, la rumeur de la ville basse disparaît. Les rues pavées montent doucement, bordées de maisons basses aux encadrements de pierre ocre.
Le Largo da Sé s’ouvre ensuite sous les orangers, dont l’ombre est précieuse en milieu de journée. On grimpe au clocher de la cathédrale par un escalier étroit, et la récompense se lit à 360 degrés : les toits de tuiles, les terrasses blanches, la marina et, au sud, les lagunes de la Ria Formosa qui se confondent avec l’océan dans une palette de verts, de bleus et de sable.
En redescendant vers la ville basse, on s’arrête à l’Igreja do Carmo. Derrière la façade baroque se cache la chapelle des os, dont les murs sont entièrement tapissés d’ossements de moines. Saisissant, un peu macabre, mais révélateur d’une certaine tradition religieuse du sud de l’Europe.
Le reste se découvre sans plan. La calçada portuguesa blanche et noire de la rue piétonne de Santo António, polie par les pas au point de briller après une averse. Les petites épiceries qui n’ont pas changé de vitrine depuis des décennies. Les azulejos écaillés, bleus et jaunes, qu’on photographie à chaque coin de rue en se promettant d’arrêter.
Où dormir à Faro ?
Faro offre un bon choix d’hébergements, du palais historique à la maison d’hôtes de la vieille ville. Plusieurs d’entre eux abritent d’ailleurs les rooftops qui animent les soirées de la ville :
- 3HB Faro, premier hôtel cinq étoiles de la ville, en plein centre. Déco minimaliste aux tons marins, chambres avec balcon, spa et surtout un toit-terrasse avec piscine à débordement et bar à cocktails. Réserver (via Booking).
- AP Eva Senses, dans un immeuble moderniste des années 1960 face à la marina et à la Ria Formosa, à quelques pas de la vieille ville et de l’embarcadère pour les îles. C’est ici que se trouve le Rooftop Eva. Réserver (via Booking).
- Hotel Faro & Beach Club, l’adresse historique face à la Doca, rénovée dans un style contemporain, avec son rooftop Cosmopolitan et sa piscine ouverte au printemps et en été. Réserver (via Booking).
- Pousada Palácio de Estoi, pour ceux qui ont une voiture. À une dizaine de kilomètres au nord de Faro, un palais de style rococo transformé en pousada, avec jardins en terrasses, statues et azulejos. Réserver (via Booking).
Des routes sans barrière
Pour sortir de Faro, la voiture s’impose, et c’est l’une des bonnes surprises du séjour : on a loué la nôtre chez Record go, à une dizaine de minutes de l’aéroport, pour moins de 10 € par jour.
Comme partout, on regarde de près ce qui se cache derrière le prix affiché : le montant de la caution, souvent bloquée sur une carte de crédit, la franchise en cas de dommage, la politique de carburant. Et on photographie la voiture sous tous les angles au départ comme au retour.
Un conseil si l’on dort à Faro : inutile de récupérer la voiture en atterrissant. On prend un Uber jusqu’à son hôtel ou sa maison d’hôtes, on profite de la ville à pied les premiers jours, et on va chercher la voiture le jour où l’on en a vraiment besoin. Autant de jours de location et de parking en moins.
Les routes sont de bonne qualité, bien entretenues, ponctuées de ces ronds-points qui rythment toute conduite au Portugal. Surtout, on ne croise aucune barrière de péage. L’A22, la Via do Infante, traverse l’Algarve d’est en ouest, de la frontière espagnole jusqu’à Lagos, et elle est gratuite depuis le 1er janvier 2025. Inutile donc de prendre l’option badge proposée au comptoir si l’on reste dans la région. La décision a mis fin à près de quinze ans de mobilisation des habitants, qui estimaient que la route nationale parallèle, la N125, n’offrait pas d’alternative sérieuse : trop de ronds-points, de feux et de traversées de villages pour relier les villes de la côte. Les portiques électroniques sont d’ailleurs toujours visibles au-dessus des voies, comme les vestiges d’une époque révolue.
Les spécialités culinaires de Faro
Au Portugal, la table n’est jamais seulement une question de nourriture. C’est un moment social, qui s’étire, où l’on parle fort, où les plats circulent au centre et où personne ne regarde sa montre. À Faro, cette culture tient bon.
Le poisson est le premier argument. Fraîcheur et goût sont là, sans chichis : une dorade grillée qui arrive entière, la peau croustillante et marquée par la braise, un filet d’huile d’olive, des pommes de terre, quelques tranches de tomate. C’est tout, et c’est parfait. On se laisse aussi tenter par les plats qui font la réputation de la cuisine algarvienne :
- l’arroz de marisco, un riz aux fruits de mer servi bien mouillé dans sa marmite, qu’on partage à la cuillère ;
- la cataplana, du nom du récipient en cuivre en forme de coquillage dans lequel mijotent fruits de mer, poisson ou viande ;
- le polvo à lagareiro, du poulpe rôti à l’huile d’olive et à l’ail ;
- les amêijoas, des palourdes de la Ria Formosa toute proche, souvent à l’ail et à la coriandre ;
- le xerém, une bouillie de maïs aux palourdes, héritage de la cuisine paysanne ;
- et pour finir, les douceurs à base d’amande, de figue et de caroube, qui rappellent le passé arabe de la région.
Ce qui frappe surtout, ce sont les prix. Dans un restaurant typique tenu par une famille, on dîne pour une vingtaine d’euros par personne, et l’assiette est largement garnie. Des choses simples, bien faites, qui font plaisir.
Où manger à Faro ?
- ATO, rue do Albergue. Un petit bistrot installé dans une ancienne marisqueira, tenu par le chef américain Sean Marsh, passé par des cuisines de référence comme Mugaritz au Pays basque ou St. John à Londres. Carte courte qui change au gré des arrivages, petits producteurs, pêche de petits bateaux. Comptez entre 20 et 60 € selon l’appétit.
- CHECKin by Leonel Pereira, rue do Castelo, dans la vieille ville. Le chef, longtemps étoilé à Almancil, y revisite ses classiques et la tradition portugaise. Recommandé par le Guide Michelin. Une belle table pour un soir, autour de 40 à 60 €.
- Alameda, pour une soirée d’exception. Le chef Rui Sequeira, natif de Faro, y propose un menu dégustation où chaque plat raconte une légende de l’Algarve. Une étoile Michelin obtenue en 2026, avec une addition à la hauteur.
Où manger sur la route, le long de la Ria Formosa ?
- Café dos Mestres, à Fuseta. Chaises en plastique, vitrine de poisson frais, grill en action et esplanade au-dessus de la lagune. La ventrèche de thon est devenue un classique. On arrive tôt, sinon on attend.
- Alcatruz, à Santa Luzia, le village du poulpe près de Tavira. Une tasca honnête et sans cérémonie depuis des décennies, où le poulpe se décline en salade, en brochette, à lagareiro ou en riz. Parmi les moins chères de la sélection.
- Casa da Igreja, à Cacela Velha. Une terrasse sur le parvis de l’église avec une vue sur la ria à couper le souffle, et des huîtres de la lagune servies avec une de plus par portion, comme le veut la tradition. Ouvert en fin d’après-midi seulement, idéal après une baignade.
Nos rooftops préférés à Faro
Faro ne se résume pas à ses tavernes. Quand la chaleur retombe, la ville se déplace vers les hauteurs, et quelques rooftops permettent de prolonger la soirée avec une vraie sélection musicale et la lumière qui décline sur la lagune.
- Cidade Velha Rooftop, au cœur de la vieille ville, pour un cocktail et quelques petiscos au-dessus des toits.
- Cosmopolitan Rooftop Bar, sur le toit de l’Hotel Faro, orienté à l’ouest, pour le coucher du soleil sur la Doca.
- LAB Terrace, au-dessus du Centre Ciência Viva, tourné vers la Ria Formosa, peut-être la vue la plus ouverte de la ville.
Prendre la route
À moins de deux heures de Faro, les idées ne manquent pas :
- La Ria Formosa, sans même prendre le volant. Ce parc naturel de lagunes, de marais et d’îles barrières commence aux portes de la ville. Depuis la marina, des bateaux rejoignent l’Ilha Deserta, longue plage sauvage sans hôtel ni boutique, ainsi que les îles de Farol et Culatra, où vit une communauté de pêcheurs sans routes goudronnées. On y observe flamants roses, spatules et aigrettes. Réserver cette expérience via Get Your Guide.
- Olhão et Tavira, à l’est. Le marché aux poissons d’Olhão le matin, quand les étals débordent, puis le pont ancien, les églises et les ruelles de Tavira, l’une des plus jolies villes de la côte. On pousse jusqu’à Cacela Velha pour le coucher du soleil sur la ria.
- Le sentier des Sept Vallées Suspendues, entre Praia da Marinha et Praia do Vale Centeanes. Un peu moins de 6 km aller en haut des falaises dorées, avec des points de vue vertigineux sur les criques et, au milieu du parcours, l’ouverture de la grotte de Benagil vue d’en haut. On part tôt le matin, avant la chaleur. Réserver l’expérience via Get Your Guide Circuit grotte de Benagil et Sept Vallées Suspendues au départ de Faro.
- La Serra de Monchique, pour changer d’air. Forêts d’eucalyptus et de chênes-lièges, villages de montagne et le sommet de Fóia, point culminant de l’Algarve à un peu plus de 900 mètres. On y goûte la medronho, l’eau-de-vie d’arbouse locale, avec modération.
- Sagres et le cap Saint-Vincent, à la pointe sud-ouest de l’Europe, où les falaises tombent à pic dans l’Atlantique et où le vent ne s’arrête jamais vraiment.
Les criques depuis la mer à Faro (et proximité)
Il serait dommage de repartir sans avoir vu la côte depuis l’eau. Entre Armação de Pêra, Carvoeiro, Portimão et Lagos, les falaises calcaires se creusent de grottes, d’arches et de piliers que l’on ne découvre vraiment qu’en bateau ou en kayak.
- La grotte de Benagil, la plus célèbre, avec son dôme percé en son sommet qui laisse tomber un rayon de lumière sur une plage intérieure. Depuis 2024, il n’est plus possible de s’y rendre à la nage ni de débarquer sur la plage : on l’admire depuis son embarcation, lors d’une sortie encadrée. Réserver via Get Your Guide une sortie en bateau au crépuscule.
- Praia da Marinha, souvent citée parmi les plus belles plages du Portugal, avec ses arches et ses rochers sculptés par l’érosion.
- Algar Seco, près de Carvoeiro, un ensemble de formations rocheuses et de bassins naturels.
- Ponta da Piedade, près de Lagos, un dédale de piliers, de tunnels et de grottes au pied du phare, qu’on explore idéalement en kayak. Réserver via Get Your Guide une sortie en kayak ou en bateau à Ponta da Piedade
- Y aller : vols directs depuis Paris et de nombreuses villes françaises et européennes, moins de trois heures de trajet.
- Quand : au printemps, au début de l’été ou en septembre et octobre, pour la douceur, les longues journées et une côte encore respirable.
- Combien de temps : cinq jours permettent de profiter de la ville et de rayonner sans courir.
- Dormir : en centre-ville pour tout faire à pied, ou à Estoi pour le calme d’un palais, voiture indispensable.
- Se déplacer : Uber depuis l’aéroport, la vieille ville à pied, puis une voiture de location le jour des escapades. Pas de péage sur l’A22.
- Payer : prévoir des espèces, la carte n’est pas acceptée partout. On retire de préférence aux distributeurs Multibanco des banques portugaises, plutôt qu’aux automates indépendants qui appliquent des frais élevés.
- Manger : compter une vingtaine d’euros par personne dans un restaurant familial, bien davantage pour les tables gastronomiques.
- À ne pas manquer : la vue depuis le clocher de la cathédrale, un arroz de marisco partagé, une glace dans les ruelles du centre, une sortie en bateau au coucher du soleil.
Faro n’échappe pas pour autant aux adresses pensées pour les visiteurs pressés. Quelques réflexes aident à faire le tri :
- Se méfier des cartes plastifiées en six langues avec photos, et des rabatteurs devant la porte. Une bonne tasca n’a pas besoin d’aller chercher ses clients dans la rue.
- Vérifier le prix du poisson, souvent affiché au kilo et non à la portion. On demande le poids avant la cuisson pour éviter les surprises.
- Le couvert, pain, olives, beurre ou fromage posés d’office sur la table, est facturé si on y touche. Rien d’anormal, c’est l’usage au Portugal, mais on peut le renvoyer poliment si on n’en veut pas.
- Regarder qui mange à l’intérieur. Des familles portugaises à l’heure du déjeuner, c’est bon signe.
- Croiser les sources. Plutôt que de se fier aux seules notes en ligne, on a regardé du côté de la presse gastronomique portugaise, notamment le site de critique Mesa Marcada, et du Guide Michelin.