Dormir au cœur du parc naturel régional de Camargue
Un récit de voyages en Camargue avec David Rosemberg
- Récit de voyage et photos David Rosemberg • septembre 2026
« Je ne suis jamais allé en Camargue »
C’est la phrase qui revient dès qu’on prononce son nom, suivie, presque toujours, de la même relance : « J’aimerais tellement y aller. » Peu de régions françaises produisent ce mélange de désir et d’abstention. On sait que c’est beau, on sait que c’est différent… et pourtant, on n’y va pas.
Deux raisons à cela. La première, c’est qu’on ne sait pas très bien où dormir dans ce territoire sauvage fait de marais, d’étangs et de routes qui filent droit — même si l’on cherche des idées de week-end à moins de 3h de Montpellier. La seconde tient en un mot que tout le monde sort au bout de trente secondes : les moustiques. On a réglé les deux en un séjour au Mas du Couvin, sur la route de Cacharel, à quelques kilomètres des Saintes-Maries-de-la-Mer. Une parfaite alternative pour s’évader, qu’on hésite avec une escapade à Argelès entre mer et montagnes ou une parenthèse élégante du côté des Maisons Imaginaires dans les Alpilles.
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Les moustiques, parlons-en tout de suite
Autant commencer par là, puisque c’est le sujet qui bloque.
Le mas du Couvin a investi dans un dispositif de bornes installées tout autour de la propriété. Le principe n’a rien à voir avec un insecticide : les appareils imitent la présence humaine, la respiration et l’odeur corporelle, et n’attirent que les femelles des espèces qui piquent l’homme. Elles sont capturées avant d’arriver jusqu’à nous. Le résultat, on le mesure en une soirée. On dîne dehors, on lit sur la terrasse, on reste au bord de la piscine à la tombée du jour, c’est-à-dire précisément au moment où, partout ailleurs en Camargue, on rentre.
C’est le seul endroit où l’on ait vu ce dispositif à cette échelle, et l’on en retient une chose simple : on peut venir sans cette crainte qui gâche parfois complètement un séjour. Que les choses soient claires, cela vaut pour le mas et ses abords. Partir à cheval dans le parc ou marcher le long des étangs demande toujours de s’équiper un minimum. Mais voir un hébergement investir ainsi dans le confort réel de ses clients, sans traiter chimiquement un milieu protégé, mérite d’être souligné.
Une maison, pas un hôtel
Le mas se présente comme une maison de vacances, et le mot est juste. On n’est pas dans un établissement avec réception et couloirs, mais dans une grande bâtisse de pierre posée au milieu du marais, cinq chambres, une salle à manger aux larges baies vitrées, une cuisine, des terrasses, une piscine au sel à l’écart des regards, une cabane en bois face à l’eau. La propriété couvre un peu moins de deux hectares plantés d’espèces locales, mais le regard porte infiniment plus loin.
Le nom vient de l’ancien parler provençal et désigne le marais voisin, celui où les oiseaux viennent nicher au printemps. Autrement dit, la maison porte le nom de ce qu’on vient y voir.
Le format par défaut est la privatisation. Mais entre deux réservations, des chambres se libèrent et le mas fonctionne alors en bed and breakfast. Ces disponibilités apparaissent souvent quelques semaines à l’avance seulement, donc le réflexe utile est de garder un œil sur le site.
Jean-Luc
Un lieu ne tient pas debout tout seul. Ici, il y a Jean-Luc, le gardien du mas, qui s’occupe des clients comme de sa propre famille. Il va chercher le pain frais et les viennoiseries chaque matin, ajoute les fruits de saison, prépare un petit déjeuner qui n’a rien d’industriel.
Mais l’essentiel est ailleurs. C’est un enfant du pays, et l’on peut discuter des heures avec lui de la culture locale, des traditions, des bêtes, de la nature, de ces petites choses qu’on ne voit bien qu’avec le cœur quand on prend le temps. Pour qui vient faire un reportage dans la région, c’est une ressource précieuse. Pour tous les autres, c’est ce qui transforme une belle adresse en séjour dont on se souvient.
La nature vient à vous.
Le mas est installé au cœur du parc naturel régional, et cela change tout. On n’a pas à chercher la nature, à l’organiser, à la mériter. Elle est là au réveil, dans le silence et le vent qui plie les roseaux. Elle est là en fin de journée, quand les flamants roses passent au-dessus du toit en file, sans se presser. Et si l’on veut les approcher, il suffit de s’engager sur la route. À quelques centaines de mètres, des groupes entiers filtrent la vase, indifférents aux voitures qui ralentissent. La règle est simple : rester dans le véhicule, couper le moteur, attendre. Les oiseaux tolèrent une présence immobile bien mieux qu’une silhouette qui avance. On gagne toujours plus à patienter qu’à s’approcher.
Pour aller plus loin, le parc ornithologique du Pont de Gau, juste avant les Saintes-Maries, offre des sentiers et des postes d’observation où l’on croise hérons, aigrettes, spatules et martins-pêcheurs.
Un mot sur ce qui se joue en arrière-plan. Les zones humides méditerranéennes sont sous pression, entre baisse de la ressource en eau douce, remontée du sel et modification des habitats. Les comptages menés en Camargue depuis les années 1950 montrent un tableau contrasté plutôt qu’un effondrement uniforme : certaines espèces reculent, d’autres progressent, comme les grues cendrées, dont l’hivernage s’est nettement renforcé depuis le début des années 2000. Ce qui est certain, c’est que ce delta reste le premier site d’accueil des oiseaux d’eau en France et que son équilibre est fragile. Le regarder de près, c’est aussi comprendre ce qu’on risque de perdre.
Du caractère
La Camargue n’est pas une carte postale, c’est une culture. On croise les manades toute l’année au bord des routes, ces élevages de taureaux et de chevaux qui ouvrent souvent leurs portes, proposent des visites, vendent leurs produits.
Au printemps, les bêtes traversent les routes pour rejoindre les Saintes-Maries, et l’on comprend d’un coup que le folklore n’a rien à voir là dedans. Il y a de la force brute, du caractère, quelque chose qui ne ressemble à rien d’autre en France.
Les Saintes-Maries-de-la-Mer auraient pu devenir une station balnéaire ordinaire. Elles ont gardé leurs arènes, leurs façades basses et blanches, leur calendrier. C’est ici qu’est né le pèlerinage gitan, et cette histoire mérite qu’on s’y arrête. La tradition provençale veut que Marie Jacobé et Marie Salomé aient échoué sur ces plages avec leur servante, Sara. Personne ne sait vraiment qui elle était. Les Gitans, eux, se sont reconnus en elle et l’ont adoptée comme protectrice sous le nom de Sara la Kâli, mot tsigane qui signifie à la fois gitane et noire.
Ce qui rend l’histoire passionnante, c’est la suite. Cette dévotion est longtemps restée tolérée plutôt qu’accueillie, reléguée à la crypte. Il a fallu le combat du marquis Folco de Baroncelli pour que la procession de Sara jusqu’à la mer devienne officielle, en mai 1935. Une communauté qui s’approprie une figure restée dans l’ombre et finit par lui obtenir sa place dans le calendrier : on tient là, en quelques lignes, tout ce qui fait la singularité de ce territoire.
Revenir
On repart avec le sentiment d’avoir vu une saison sur quatre. Le printemps ramène les migrateurs d’Afrique et le pèlerinage. L’été demande de travailler tôt et tard, la lumière est dure au milieu du jour. L’automne, c’est la migration vers le sud et les grands rassemblements. L’hiver est la saison la plus sous-estimée : les flamants portent leur plumage neuf dès novembre et paradent jusqu’en mars, les grues se lèvent au petit matin, les canards hivernants couvrent le Vaccarès.
Le mas est ouvert toute l’année. C’est peut-être le meilleur argument de tous.
En pratique
Mas du Couvin, route de Cacharel, 13460 Saintes-Maries-de-la-Mer.
Cinq chambres, piscine, cabane, labellisé Destination Parcs par le parc naturel régional de Camargue. Privatisation à partir de 900 € la nuit, chambre à partir de 190 € la nuit selon disponibilités.
Y aller. Depuis Arles, la D570 vers les Saintes-Maries, puis à gauche sur la D85A au lieu-dit Pioch-Badet. Quatre kilomètres plus loin, le chemin sur la droite porte le nom de Clarousset. Le mas est au premier portail. Comptez
trente-cinq minutes depuis la gare d’Arles, une heure et quart depuis Avignon TGV ou Montpellier, une heure et demie depuis l’aéroport de Marseille Provence.